Le gouvernement,
un troupeau de paresseux


Est-ce que c'est urgent de sensibiliser les enfants à cette cause qui se banalise, malheureusement ?
Notre génération et celle de nos parents sommes complètement passés à côté de ce phénomène, nous l'avons subi de plein fouet, mais sans trop savoir comment le gérer. Moi, je continue à voir des gens de mon âge, des trentenaires, des quadragénaires, qui ne respectent pas l'autre, et font des câlins sans préservatif…

Pour notre génération, je pense que c'est ma barré, donc essayons de faire pour nos enfants ce qu'on aurait voulu ou dû faire, c'est-à-dire les prévenir eux plutôt que d'avoir à guérir une maladie, d'éviter qu'elle soit diffusée.

Ne serait-ce pas au gouvernement de s'occuper de ce problème ?
Si, bien sûr. Maintenant, c'est aussi très facile de dire que seuls les gens qui sont au gouvernement devraient être des citoyens… Il n'y a pas de raison, les autres aussi. Même si au fond du débat, philosophiquement, il y a un vrai souci de départ, qui fait que ça devrait être pourvu par le gouvernement.

Mais comme ça ne l'est pas, et que c'est perdu d'avance, vu le déficit budgétaire de l'année, soit on dit : "Ben oui, ça devrait être eux", et donc on va croiser les bras en attendant et regarder les gens mourir, soit on essaie de faire quelque chose, sans se substituer au gouvernement.

Nous on s'est dit qu'on avait la possibilité d'aller très vite, beaucoup plus vite que de faire voter une loi qui va faire voter un truc qui va faire qu'il y aura une commission avec 17 personnes qui doivent être d'accord, et que si Machin a la grippe, et bien on n'aura pas le budget…. Nous on passe un peu outre l'inertie de l'administration, et on fait des choses.

Bien qu'encore une fois, le gouvernement devrait travailler davantage là-dessus. En tous cas dans le conte, il pourrait jouer le rôle d'un troupeaux de paresseux, vous savez, ces animaux un peu froids, et un peu lents à l'action…(rires)

Mais ce n'est pas aussi simple que ça, et je ne veux pas entrer dans le débat simpliste qui consisterait à dire : "Ouh, les mauvais au gouvernement, ils ne font rien", parce que c'est beaucoup plus compliqué que ça.

Même si ça n'empêche pas qu'il y a des choses ponctuelles et simples à faire, et qui demandent une inertie, parce qu'il faut passer par 15 sous-chefs, 50 présidents et trois commissions avant de les faire.

Le grand souci de la France, c'est que les mandats sont longs, et que les gens voient à long terme ce qu'ils peuvent faire. Donc ils ont tendance à privilégier les choses qui en sept ans, vont leur permettre d'avoir une image valorisante de leur carrière. C'est le problème des forêt qui disparaissent lors des incendies : voilà, un arbre met dix ou vingt ans à repousser, donc forcément, le quinquennat ou le septennat ne règlent rien. C'est la même chose pour le Sida, qui ne va pas être réglé en cinq ou sept ans.



L'allégorie
pour faire passer le message


Vous-même avez déjà chanté des thèmes comme le Sida, que vous avez déjà abordé dans plusieurs chansons [dont "Dodo Rémi", extrait du second album de Sol en Si, (1995), ndlr], ce qui est assez rare dans le monde de la chanson. Est-ce très compliqué ? Y a-t-il des gens qui n'osent pas ? Est-ce un tabou d'aborder ce genre de sujets ?
Je pense que nous sommes des artistes de variété, et qui dit variété dit chanson populaire, et qui dit chanson populaire dit aussi ne pas toujours effrayer ou attrister les gens. Ce qui ne nous empêche pas de leur dire nos émotions, mais avec une certaine séduction.

L'allégorie du cirque et l'histoire transférée chez les animaux de Sol en Cirque nous permet d'appréhender beaucoup de la symbolique du Sida de la maladie, de l'exclusion, du ministre No way ["pas question", en anglais, ndlr], ce singe, ce salaud qui ne veut pas ouvrir les portes, tout ça donne quelque chose de plus léger.

Moi, si on me dit : "De l'autre côté de la rive, c'est triste, c'est gris, c'est morne, et les gens sont malades", toute narcissique que je suis, et je pense que nous sommes beaucoup de citoyens à être comme ça, trop individualistes, je n'ai pas forcément envie de traverser le pont. Si on m'a mis deux ou trois fleurs sur le pont, ça peut peut-être me permettre de faire le premier pas, puis le deuxième, puis un relais avec les parents qui vont expliquer ce que c'est que la pierre molle, ce que veut dire le Sida, etc. Mais il fait en tous cas être ludique au départ. Je pense que la légèreté n'empêche en rien de parler de choses profondes.

Pourquoi le mot Sida n'est-il jamais prononcé dans les chansons ?
Parce qu'encore une fois, je pense qu'on est plus efficace, en ce qui concerne les messages adressés aux enfants, dans la symbolique des choses que dans la précision d'horloger. Ce n'est pas un conte sur le Sida. C'est une allégorie, qui transgresse le Sida, sur un éléphant atteint d'une maladie qui lui fait dire des gros mots à la place d'autre chose. Donc ça nous permet d'aborder toute la symbolique des problèmes rencontrés par les personnes atteintes du Sida, sans la lourdeur qui échappe franchement aux enfants. Les enfants n'ont pas envie d'être lourds, d'avoir de la peine et de la souffrance. Mais peut-être que grâce à ce conte, ce pont entre la réalité et la fiction, ils se renseigneront, poseront des questions à leurs parents.



Une association assainie

Après le redressement judiciaire de l'association, en mai 2001, Sol en Si repart-elle vraiment sur des bases saines et solides ?
Oui, c'est l'Etat, la justice française qui avait exigé ce redressement.

Nous, nous n'avions fait que des audits, au moment du dernier album, et on avait vu qu'il y avait zéro malversations, que tout allait bien. Mais vu ce qu'il s'était passé, vu qu'ils fermaient les centres les uns après les autres, on a cherché à comprendre. Et en fait, on s'est aperçu que l'association avait été gérée avec plein de bonne volonté, mais assez mal, parce que la plupart des gens n'étaient pas totalement professionnels.

Or justement, dans les associations, c'est très compliqué, on devrait avoir les meilleurs professionnels de la profession, ce qui n'était pas le cas. Donc des gens ont fait des erreurs, en ne faisant par exemple pas travailler l'argent qu'on leur donnait, nous, grâce aux albums, en ne lui faisant pas faire des petits, comme les Restos du cœur font très bien, et puis comme ça avoir un peu plus d'argent l'année d'après. Chez Sol en Si, ils ont ouvert les centres dès qu'ils avaient des sous. Sauf que ces centres là, ils fallait les faire tourner. Donc c'était forcément un peu voué à l'échec. Mais il n'y a eu aucune malversation.

Donc là l'association a été redressée, et elle est repartie avec les compteurs à zéro, et elle est légalement surveillée de tous les côtés, puisqu'à la suite de ce redressement, les bonnes personnes ont été mises aux bons postes.

Tout l'argent ira à l'association ?
Oui tout l'argent. Nous, on a cédé nos droits entièrement, en ce qui concerne les droits d'auteurs et de compositeurs.

L'association va-t-elle être rebaptisée suite à la sortie de cet album ?
Non, Sol en Cirque c'était ponctuellement pour cet album, et je pense que l'association conservera son nom d'origine, parce que le cirque et le Sida n'ont pas grand chose à voir.

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Chrystèle MOLLON / 22 septembre 2003
Dessin © Zep - Photo © Jean-Miche ROYER



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