Ses plus belles histoires
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On va parler du deuxième album Noir et blanc, qui est sorti en 1991.
Un petit peu dans la continuité du précédent puisque c'est le même type de chansons...
Je commençais à perdre Marc... en perdant Marc, je perdais pied.
Parce qu'il avait été mon partenaire, je me suis senti très seul à ce moment-là, artistiquement.
J'étais à un moment qui n'était pas très favorable.
En plus, j'avais des soucis avec mon producteur dans ma maison de disques.
C'était un moment un peu délicat. Heureusement qu'il y a eu le Québec qui a beaucoup arrangé les choses.
Je suis beaucoup parti là-bas, j'ai fait pas mal de concerts.
J'ai fait le Bataclan avec le groupe qui était à moitié québécois et à moitié parisien, une semaine ici à Noël.
On a fait une belle tournée. C'était une belle alternative. Ca m'a aéré la tête.
Il y a un texte de Francis Lalanne (Mal à ton corps). Comment avez-vous collaboré avec lui ?
C'est très simple.
On se croisait souvent dans les concerts et un soir on s'est dit tout naturellement "il faudra faire une chanson ensemble".
Un jour, j'étais ici dans mon studio et puis je chantais cette mélodie qui me touchait beaucoup.
Je savais que c'était une chanson d'amour déchiré mais je savais que je ne pourrais pas l'écrire.
Je me suis dit "tiens, si j'appelais Francis".
J'ai fait le numéro, il était là.
J'ai dit "Francis, c'est Gérard Blanc. Tu te souviens qu'on avait dit qu'on ferait une chanson ensemble".
J'ai chanté la chanson en entier, de tout mon cœur car j'étais dans l'état de la chanson.
Je reprends le combiné, il était en train de pleurer au téléphone (rires).
Je lui dis : "Qu'est-ce qui se passe".
Il me dit : "Je pleure, elle est trop belle ta chanson, je veux l'écrire".
Le lendemain, je lui ai amené une cassette et quinze jours après, il m'a rappelé, il avait fait le texte.
Ça a été une aventure aussi simple que ça.
Pourquoi l'ai-je appelé à ce moment-là ?!...
Quand on s'était vu, c'était six mois avant.
Parfois, il y a des moments magiques.
Vous faîtes toutes vos musiques.
Les textes, vous les déléguez souvent à d'autres personnes.
Vous ne vous sentez pas auteur ?
Ça dépend.
Tu vois, sur mon nouvel album, j'ai mis cinq chansons mais en réalité, j'en ai dix autres.
J'ai trois autres chansons que j'aime énormément, dont j'ai écrit les textes, et qui seront peut-être sur un prochain album.
En général, quand quelqu'un d'autre écrit les textes, c'est qu'on vibre ensemble à ce moment-là, d'une manière très forte... qu'on peut raconter quelque chose ensemble.
Il y a des chansons qu'il n'y a que moi qui peut écrire.
Il n'y a que moi qui peut écrire Leslie, Tom et Jane ou Elle et toi.
Parce que je savais quels mots je voulais employer, quelle émotion je voulais dégager.
Comme tout le monde, c'est une rencontre avec quelqu'un d'autre, avec Marie-Jo Zarb, un auteur que j'ai rencontré.
On a dit quelque chose que j'avais envie de dire. C'est un échange, un partage.
On enchaîne sur le troisième album.
Un revirement total. À cette seconde-là, sorti en 1995.
Il y a un changement de maison de disques, un nouvel auteur et un nouveau style puisque c'est assez blues, country.
C'est-à-dire que j'ai repris plus fort ma guitare.
À partir de 1993, j'en avais ras le bol des claviers.
J'avais toujours la guitare avec moi, et j'en jouais tout le temps... à la maison, partout.
Finalement, cet album-là est venu à la guitare. Et, malheureusement en France, il y a des étiquettes, les couleurs...
C'est un album un peu plus rock ou un peu plus blues, plus intimiste.
En plus, il y avait cette rencontre avec Thierry Haupais.
Pourquoi ? Parce qu'il vivait les mêmes choses que moi à ce moment-là.
Donc, on a raconté des choses ensemble.
Le problème, c'est que quand j'ai commencé à faire la promo de cet album en 95 et 96, les radios et les télés commençaient à rentrer dans la nostalgie.
Ils avaient tous envie que je leur chante Une autre histoire, Je m'éclate au Sénégal...
L'album est passé un peu à côté parce que les gens rêvaient déjà des années 70 et 80.
Ils ne me voulaient que dans le "passé". Mais j'aime beaucoup cet album.
C'est un album qui sonne quand même plus positif par rapport au précédent.
Il y a une autre atmosphère quand on l'écoute.
Je ne sais pas. Il y a des chansons qui sont très down.
P'tit môme ?
Non, c'est un avertissement, ce n'est pas une chanson down.
Non, si je l'ai mise, c'est parce qu'elle est positive.
Elle dit : "Fais gaffe, te laisse pas avoir par les grands, te laisse pas avoir par les salopards".
À quoi ça rime ?
Oui, À quoi ça rime, c'est un peu down.
Même Les larmes aux yeux à l'intérieur, c'est pas très gai.
Les ennuis, les envies, non plus. J'aimais beaucoup Jeanne.
Cette chanson, je l'ai écrite sur Jeanne Moreau.
J'avais plutôt vu ça comme un hommage à François Truffaut.
Oui, François Truffaut, Jeanne Moreau.
Il y a plein de références : "Antoine Doinel", "La peau douce"...
Bien sûr que c'est François Truffaut mais ça m'est venu un soir où je jouais de la guitare et tout à coup, il y avait Jules et Jim qui passait à la télé.
Pour la 2000e fois, je voyais ces images.
J'ai eu envie d'écrire Jules et Jim pour Jeanne et après tous les titres de François Truffaut sont revenus, effectivement.
C'était un hommage.
Depuis 1995, qu'est ce qui s'est passé ?...
Beaucoup de choses. J'ai toujours fait beaucoup de concerts, encore plus depuis deux ans.
Mon activité d'auteur et de musicien s'est diversifiée. J'ai fait une musique de film, Recto verso, le film de Smain.
Des chansons. J'ai fait des musiques pour la télé, des génériques. J'ai participé à des aventures musicales...
J'ai continué à mener ma vie de musicien et à écrire des chansons pour moi qui se retrouvent aujourd'hui sur l'album Mes plus belles histoires.
La musique de Leslie, Tom et Jane a dû naître en 97 ou 98.
Mais je l'ai recommencée plusieurs fois jusqu'à sa version définitive qui est sur l'album.
Comment êtes-vous arrivé chez Warner, au bout du compte ?
De la manière la plus simple possible.
J'ai senti, à la fin de l'été dernier, que j'avais de bonnes chansons, que mon concept d'album "Mes plus belles histoires", avec tous mes tubes, des ré-enregistrements de Martin Circus... et une dizaine de nouvelles chansons était prêt.
C'était le moment, on parlait énormément des années 80. Donc, j'ai téléphoné à Yan-Philippe Blanc et je lui ai demandé un rendez-vous. Je me suis dit " Entre Blancs... ". Ça l'a fait rire et il m'a reçu. Je lui ai fait écouter mes chansons.
Il a aimé, le projet lui plaisait.
Il m'a dit : "On y va, on le fait".
Ça s'est passé comme ça. Finalement, comme quoi, quand ça doit se passer, ça se passe.
Donc, l'idée de la compilation, c'est vous qui l'avez eue. Ce n'était pas un compromis avec la maison de disques ?
Non, j'avais ce projet.
Depuis 96, quand j'ai commencé à faire la promo de "À cette seconde-là" et que j'ai vu qu'on ne me demandait que des chansons anciennes, et qu'on ne me voyait pas suffisamment, pas plus qu'on ne m'entendait à la radio.
Je me suis dit que j'étais en train de souffrir d'une déperdition d'image et d'identité artistique vis-à-vis du public de toutes les générations.
Il y a les gens de quarante, cinquante ans qui me connaissent en tant que chanteur de Martin Circus, ceux de trente ans qui me connaissent comme celui qui a fait des tubes dans les années 80... ces deux catégories ne sont pas forcément connectées entre elles.
Il y a aussi les nouvelles générations de gens plus jeunes qui ne savent pas trop qui je suis.
Pour revenir fort et bien, il fallait que je revienne avec toutes les chansons qui ont marqué ma vie.
Il fallait donc que je fasse un album, avec toutes ces chansons et montrer que je suis toujours un créateur.
C'est mon projet de A à Z qu'on a suivi.
Mon prochain album, dans un an et demi ou deux ans, sera un album de nouvelles chansons.
Mais j'avais besoin de faire cet album-là pour réinstaller les choses.
C'est pour ça que je fais ces télés en ce moment.
Qu'on dise : "Ah, oui, c'est lui qui a fait ci, qui a fait ça, qui vient de là. Ça s'est passé il y a trente ans, il y a vingt ans...".
Et qu'aujourd'hui, on arrive à repartir. C'est ça mon objectif depuis trois, quatre ans.
Et j'attendais ce bon moment.
Quels sont vos projets ?
Les projets sont très simples.
Déjà, c'est la promo de l'album, ça va durer longtemps.
Je le souhaite, avec plusieurs singles extraits.
Il va y avoir des télés.
J'ai pas mal de dates tout cet été.
Je suis en train de réinstaller mon studio.
Quand je ne serai pas en train de faire de la promo, je veux reconfigurer tout en studio pour qu'à partir de la fin du mois d'août, je puisse remaquetter de nouveaux titres. Parce que je suis quelqu'un de lent (rires). J'ai quelques chansons qui sont prêtes mais j'ai besoin d'en avoir quinze, vingt pour en sortir huit ou dix dans deux ans. Et là, je commence à avoir le plaisir d'écrire pour d'autres. Par exemple, j'ai écrit une chanson pour Lauren Faure, "Regard de femme", qui est sortie l'année dernière.
C'était un vrai bonheur.
Voilà.
J'ai des chansons qui sont écrites pour les donner à d'autres, ça s'appelle une rencontre.
Le métier a beaucoup changé depuis que vous avez commencé.
Qu'est-ce que vous pensez des phénomènes comme " Star Academy " ou " Pop Star " où on fabrique des stars en les médiatisant ?
Je pense que ce sont les médias qui ont changé. Si tu reprends les années 60, des artistes comme Sheila étaient fabriqués à 200 % par leur producteur qui s'appelait Claude Carrère...
Il y a toujours eu des artistes fabriqués par leurs maisons de disques sauf que maintenant, ce n'est plus le travail d'un individu, c'est une Major avec un Pascal Nègre derrière et la Wehrmacht au cul (rires).
Si tous ces jeunes gens, qui ont du talent pour certains, ne passent pas à la télé, ils n'ont aucun espoir de faire un disque.
Donc, on leur propose un tremplin.
Il y a douze chanteurs par an dans une émission.
Il y a onze morts, il reste un survivant.
Il faut espérer que dans dix ans, il restera un survivant de la Star Academy.
Ce sera le même pourcentage que pour les années 60. Parce que des Sheila fabriquées, il y en a eu trente, à l'époque.
Il ne reste que Sheila (rires).
Et puis, en même temps, il avait des groupes de rock, il y avait Charles Aznavour...
Si on regarde bien, même Johnny Hallyday à l'époque, les premières années de sa carrière, ne faisait que des reprises de tubes anglo-saxons.
Il n'y avait aucune création, c'était juste une caricature d'un mec qui se déhanche avec une guitare en plastique devant un poste de TV en chantant des adaptations que des mecs faisaient la nuit, en écoutant les tubes de Radio Luxembourg anglais.
Ils traduisaient vite et le lendemain, Hallyday chantait en studio, le soir même il était à la télé.
Si ça ne marchait pas, on jetait puis on recommençait.
C'est comme aujourd'hui.
La seule différence, c'est que c'était de l'artisanat.
Aujourd'hui, c'est de l'industrie.
Alors, effectivement, quand je fais une émission comme "Retour gagnant", des gens vont me dire : "Pourquoi tu fais ça, tu te mets en compétition avec d'autres artistes qui n'ont pas forcément ta carrière".
Pour moi, ce qui compte c'est que je vienne chanter mes chansons devant six millions de téléspectateurs et que je leur annonce que j'ai un nouvel album qui sort.
Dans les années 70, c'était Guy Lux, Jacques Martin... ensuite, c'était le canapé de Jean-Pierre Foucault, Sacrée soirée.
Aujourd'hui, c'est la télé : "Souvenez-vous, ils ont eu de problèmes dans leur vie, mais ils ont été des stars, mais ils sont là de nouveau...".
La télé a toujours eu de l'importance.
Moi, je n'ai jamais eu la prétention d'être un artiste maudit qui ne veut pas passer à la télé.
Je fais des chansons, mon plus grand bonheur c'est de voir les gens les chanter quand je suis sur une scène, que ce soit à l'Olympia comme à la Rose d'or, ou à Calais sur la Place de la Mairie.
Je me dis que j'ai fait quelque chose qui se transmet, c'est génial.
C'est une impression extraordinaire. Monter sur scène, c'est le premier des cadeaux.
Je ne dis pas que c'est facile mais c'est beaucoup plus facile de monter sur une scène que de passer des journées à écrire une chanson, à l'arranger, à monter une rythmique, à trouver la couleur des cordes...
La composition, la création, c'est un vrai travail où on est seul face à dix milliards de questions et dix milliards de réponses possibles tandis que monter sur une scène avec une guitare, dire bonsoir au public et lui chanter des chansons, c'est une seule émotion.
Ce n'est que du bonheur. Savoir que je vais chanter dans une ville, c'est gai pour moi.
Finalement, ça fait trente ans que vous êtes en vacances…
Voilà.
Mais si je calculais le nombre d'heures que j'ai passé sur scène et celui passé devant mes instruments de musique, mes magnétophones ou mes écrans d'ordi, ce serait une heure sur scène pour 1292 mille heures à créer...
Imagine, s'il y a cinquante dates par an.
Ça fait cinquante heures par an.
Cinquante heures, c'est ce que je fais par semaine dans mon studio.
Donc, y a pas photo (rires), je ne revendique pas cette histoire de vacances.
Merci, et on espère que ça va marcher.
Merci.
Ludovic LORENZI / Paris, 4 juin 2003
Photo X./Warner
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